En somme, rien de ma femme ne m'échappait ; je connaissais ses moindres gestes, ses habitudes les plus menues, ses vêtements les plus intimes, tout cela par cœur, et comme tout cela participait à la chose, je m'y manifestais indirectement.

Je n'aime pas faire l'amour. Je juge l'acte triste et décevant, tout juste bon pour les femmes. Mes pensées me suffisent. Je pense pour rien ; les femmes ne sont capables que de penser par calcul. Anna a choisi Philibert comme complément, et je m'en suis tout de suite aperçu.

J'habite Bourgoin. Tous les matins, j'allais en chemin de fer à Grenoble pour y prendre mon service. Je repartais à neuf heures en direction de Lyon. Philibert montait à La Tour-du-Pin et descendait à La Verpillière pour attendre le car suivant. Ma femme m'attendait à Bourgoin afin de me remettre un repas froid. Bientôt je remarquai que Philibert descendait à Bourgoin. Un jour, au moment de démarrer, je l'aperçus dans le rétroviseur au côté d'Anna. Leur attitude était correcte ; néanmoins, je compris.

Il aurait suffi d'un rayon de soleil dans le rétroviseur.

A quelque temps de là, je me fis remplacer au dernier moment à Bourgoin par mon frère, et je suivis le couple jusqu'au petit hôtel où ils s'introduisirent comme des lézards.

J'éclatai de rire et j'allai me saouler. Le soir, Anna me fit une scène.

* * *

La vérité ! Ah ! Le gros mot ! Si je disais la vérité, vous hausseriez les épaules. Alors je vais vous raconter tout sur le plan dont je vous parlais tout à l'heure. Vous savez : à égale distance, etc.

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Pour commencer, cette journée, je l'appelle pour moi la « journée de la chaleur » et je pense au car comme à un gros bourdon.