Je fouillai désespérément mon passé. Il était vide. Un immense désespoir s'empara alors de moi et je me mis à pleurer.
— Ne vous découragez pas, conseilla la Mort, et cherchez ce que vous vous croyez capable de faire.
Je regardai mes mains maladroites et les laissai crouler le long de mon corps avec accablement.
— Hélas, répondis-je, je n'ai jamais vécu que de ma plume et je n'ai jamais écrit que des textes de commande. L'inspiration m'a toujours fait défaut.
— Écoutez, reprit la Mort, je vais vous conter l'histoire du meurtre.
Son récit fut long et passionnant. Pas une fois je ne l'interrompis. Lorsque la Mort se tut, j'avais le crâne fourmillant d'idées neuves.
— Bon Dieu ! m'écriai-je. Que ne suis-je parmi les humains ! Combien j'aimerais leur conter ces histoires !
— Les regrets sont des intentions posthumes, dit la Mort en se levant : or l'intention vaut l'action. Vous êtes sauvé ! Au revoir !
Quand elle eut disparu, une herbe fraîche se faufila entre la cendre, des fleurs dominèrent l'herbe, des arbres ombragèrent les fleurs, des rameaux poussèrent sur le tronc où j'étais assis. Au loin s'étendit un lac bleu, infini, cerné de montagnes roses. Des oiseaux emplirent le ciel de leur chant. Et une femme blonde, la femme dont rêvait le poète, s'avança vers moi en coiffant le fleuve d'or de ses cheveux.
— Le pays de la Vie, murmurai-je.