* * *

Les rêves s'achèvent toujours au bord des voluptés. Je m'éveillai au moment où mon corps se fondait dans le crépitement du monde de la Vie.

Et pour éclairer les hommes sur leur destin, pour m'éclairer sur le mien, j'ai écrit les histoires que me conta la Mort bavarde des sommeils.

II

SUR MON LIT DE MORT

La Mort m'avait dit : « On a surtout tué pour vivre. »

A Pierre Scize.

Je me suis éveillé tôt ce matin. Habituellement, je dors jusqu'à dix heures. Le matin n'est pas fait pour moi. Je voudrais pouvoir vous expliquer pourquoi, mais je n'en sais rien moi-même. N'affrontons pas les évidences. Je ressemble aux anciens czars : je ne dors bien que le jour. La nuit m'use. Je la tolère jusqu'à une heure du matin à cause des spectacles et des soupes gratinées, mais, d'une heure jusqu'à l'aube, j'agonise. Mon sommeil est indécis. Sûrement, je mourrai à la fin d'une nuit.

A l'aurore je prends conscience du jour, alors, soulagé, je m'enfonce dans mon véritable sommeil, comme un condamné à mort doit le faire lorsque les premiers rayons du soleil lui promettent un jour de plus à vivre.

* * *