— Qu'as-tu fait à la Milice ?

— Je montais la faction devant la porte.

— Pendant un an et demi, tu as monté la faction ?

— Je jure que je n'ai rien fait ; ma femme est enceinte, ajouta-t-il.

Il y eut un silence. Les miliciens interrogés avaient été parqués au fond du local, les autres se tenaient immobiles, attentifs et anxieux.

— Ça va, dit le Corse d'un ton blasé, au suivant !

Mangod rejoignit les autres. Certains s'étaient déjà habitués à leur sort au point de s'asseoir par terre. Il y avait là beaucoup d'hommes parmi lesquels quelques sidis hébétés. En insistant, on finissait par reconnaître des femmes. Elles avaient été tondues, on ne les distinguait qu'à leurs robes en loques. L'une d'elles avait un drapeau allemand en papier épinglé sur la poitrine. Le papier se déchirait, elle eut peur de perdre cet attribut et, timidement, l'épingla plus bas.

Mangod s'insinua au centre de ce bétail humain. Il se trouva contre un grand Arabe dont les lèvres étaient tuméfiées. Il regarda le sidi qui devait avoir des dents cassées, car les chairs de la mâchoire s'éboulaient.

— J'ai rien fait ! affirma-t-il au sidi.

L'Africain eut un rire violet qui fit saigner ses lèvres.