Mangod avait envie de pleurer à cause de ce sang qui ne servait à rien.

Les femmes baissaient la tête ; elles n'osaient pas se parler. Du reste, aucun des prisonniers n'osait parler. C'était moins la présence de leurs gardiens qui les terrorisait que leur promiscuité.

Bientôt il n'y eut plus personne devant la table du chef. Celui-ci referma son cahier et le mit dans une serviette. Au moment où il se levait, un jeune garçon s'approcha de lui et lui parla à l'oreille.

Pourquoi Mangod avait-il l'impression qu'il s'agissait de lui ?

— C'est bien, dit le Corse, nous allons voir.

Il se tourna vers les prisonniers.

— Mettez-vous sur un rang, ordonna-t-il.

Le jeune homme s'approcha en fronçant les sourcils pour cacher sa gêne. Il était blond, d'un blond transparent, et il avait une mâchoire de mulot. Il commença par le bout et examina chaque individu d'un air préoccupé. Parvenu devant Mangod, il eut comme un sursaut.

— C'est lui ! cria-t-il au chef.

— Vous êtes sûr ? insista l'autre.