— Y a quelqu'un, lui dit le gamin. Je crois que c'est pour du travail.
Jango passa par l'office où bonne-maman épluchait des pommes de terre pour le repas du soir. Il embrassa sa mère et déposa la boîte de dattes sur son tablier.
— Oh ! Par exemple…, fit la vieille femme.
Chaque fois que Jango allait à Paris pour toucher une « prime », il s'arrêtait chez l'épicier italien pour y effectuer les mêmes achats. Bonne-maman ne manquait jamais de feindre une surprise, excessive, comme si, chaque fois, il se fût agi de sa fête ou de son anniversaire.
Elle rendit son baiser à son fils.
— Un monsieur t'attend au laboratoire, Zizi te l'a dit ?
— J'y vais.
Il accrocha son chapeau au trophée de chasse flanquant la glace à trumeau du corridor, rajusta sa cravate et, après un coup d'œil en direction de Zizi, fixa la rosette du colonel à sa boutonnière.
Zizi ne s'aperçut de rien car, pour l'heure, il était uniquement occupé à imprimer à sa sucette un mouvement de va-et-vient à l'intérieur de sa bouche.
L'homme qui attendait Jango était un personnage à tête de tirelire et qui avait tendance à se développer dans le sens de la largeur. Il devait se prendre pour quelqu'un de sérieux et s'efforçait de faire partager cette conviction à ses semblables. Mais c'était un faible, du moins en témoignaient son regard peureux et ses gestes hésitants.