Il passa son bras à la taille de sa compagne. La femme possédait des hanches confortables sur lesquelles la main se complaisait.
— C'est le portrait de qui que vous avez fait ?
— De personne. Enfin, je veux dire : de quelqu'un qui n'existe plus.
— Vous pouvez peindre de mémoire ? Mais c'est formidable !… Et pour la ressemblance ?
— Elle y est, affirma Jango.
Il se dit que son assurance pouvait passer pour de la vanité.
— C'est dommage que mon sujet soit mort, sans cela vous auriez pu comparer…
La boulangère dit qu'elle regrettait ; et est-ce que c'était quelqu'un de votre famille ? Non ? Ah, tant mieux ! Un homme ou une femme ? Un homme ! Et de quoi qu'il était mort ? Subitement ? C'est triste de mourir subitement. De mourir doucement aussi, d'ailleurs. La mort, c'est jamais bien drôle, n'est-ce pas ? Rien que d'y penser, ça lui faisait taper le cœur… Sérieusement ! Jango pouvait toucher ! Mettez votre main là ! Ah, ah ! Qu'est-ce qu'elle lui disait ? Non, elle n'était pas cardiaque… Ça venait des nerfs… Chaque fois qu'elle était émue, son cœur s'emballait.
Jango oublia d'écouter la suite et de retirer la main. Pendant que sa compagne jacassait, il réfléchissait pour son compte ; et comme réfléchir vous laisse l'usage de vos mains, il se servait des siennes pour palper les seins fermes et copieux de la boulangère.
Ils marchèrent jusqu'à l'obscurité, en tournant en rond pour ne pas sortir du bois.