Il l'embrassa dans le cou. Elle poussa un petit gloussement de femme chatouillée et, dans le noir, chercha sa bouche de tout son mufle. Leur baiser se prolongea. Jango se demandait comment elle s'y prenait pour respirer.

Désireux de conclure le rendez-vous galant, il adossa la brune ardente à un arbre et s'attaqua à l'honneur du boulanger.

A cet instant, une sonnerie de cor tomba des coteaux bordant la rive de la Seine.

— C'est mon mari qui s'exerce, murmura Édith d'une voix déjà faible.

La martiale musique communiqua à Jango l'ardeur qui lui manquait.

Il remercia mentalement la providence de le soutenir par de vaillantes et altières sonorités dans un moment somme toute difficile, et embrocha gaillardement sa partenaire contre l'arbre sur un rythme cadencé par le cor de chasse du malheureux boulanger.

CHAPITRE VII

Allons bon, grogna Maurice, c'est le bouquet !

Un régiment de chasseurs alpins venait de déboucher du carrefour Strasbourg-Saint-Denis, musique en tête, et s'apprêtait à tourner sur la droite pour descendre les boulevards. Les bruits de la circulation avaient dérobé le roulement des tambours. Au moment où les soldats apparurent, les musiciens se préparaient à emboucher leurs instruments. Il se produisit une belle envolée de cuivres et de gants blancs. Maurice essaya de se jeter sous un porche, mais c'était déjà trop tard : une marche fringante éclatait à dix pas de lui. Il se contracta et s'engouffra dans un urinoir.

Le neveu du défunt colonel était, comme beaucoup de jeunes gens aujourd'hui, antimilitariste. Il affectait de nourrir une haine solide pour tout bipède portant un uniforme et témoignait un égal mépris aux soldats — il avait été exempté pour insuffisance thoracique —, aux agents de police, aux pompiers et aux employés du gaz. Il ne faisait d'exception qu'en faveur des facteurs, lesquels sont des fonctionnaires jouissant en général d'un bon caractère et ne tirant aucun orgueil de l'uniforme qu'ils portent avec beaucoup de laisser-aller.