La voisine la regarda fixement, les femmes les plus incultes comprennent les caprices impardonnables. Elle se dit que l’air de Paris ne convenait guère aux jeunes filles car il leur découvre des idées néfastes.
Le docteur Borogov finit par arriver. Ce personnage pour Musée Grévin salua onctueusement les deux femmes, il se pencha sur le lit de Rogissard en froissant sa barbe rousse à pleines mains.
— Aïe, aïe, fit-il.
— Est-ce grave ? s’inquiéta Claire.
— Aïe, aïe, répéta-t-il.
Il parlait, on le voit, fort peu le français, en eût-il connu les plus rares subtilités qu’il n’aurait su s’exprimer autrement, car le cas de Rogissard le déroutait. Il commença à palper le malade comme un fruit mûr, ce qui rendit l’employé furieux ! Au plus fort de sa crise, Rogissard se mit à trembler de tous ses muscles en tirant la langue.
Borogov se frappa les cuisses et partit d’un long rire d’opéra, puis, fantasque comme le sont tous les slaves, il s’assombrit :
— Compris, dit l’homme, plus lugubre qu’un clown malade. « Delirium tremens ».
— Mon Dieu ! s’exclamèrent les femmes.
Les assistants s’abandonnèrent un instant à leurs réactions personnelles. Claire évitait de baisser la tête, car ses yeux s’étaient remplis de larmes, la dame Puvonnier cherchait un prétexte pour sortir, tant elle avait hâte de propager la nouvelle dans l’immeuble ; quant à Borogov, il se grattait la tête jusqu’aux temporaux, afin d’en faire jaillir une décision.