Auguste Rogissard traversait un cauchemar invivable. Il s’imaginait étendu en travers d’une voie ferrée tandis qu’une locomotive rougeoyante lui passait et repassait sur le corps.

« Ah, ah, dit Borogov, nous allons calmer avec camisole de force. Comme ce puissant auxiliaire des maisons de santé lui faisait défaut, il entrava Rogissard au moyen d’un drap tordu en corde, puis, lorsque le quinquagénaire fut immobilisé, il se mit en devoir de le ligoter avec le cordon des tentures. L’employé de gare ressembla bientôt à une momie. Mais à une momie ressuscitée en sursaut. Comme il poussait des cris discordants, le russe lui jeta un verre d’eau froide en pleine face. »

— Voilà, dit-il paisiblement, cela fait dix francs. Ne le touchez pas, je repasserai ce soir.

CHAPITRE III

Au sortir de chez Rogissard, Ferdinand Worms poursuivit ses visites. Il se rendit au chevet d’une nouvelle accouchée, examina l’enfant et la mère, et serra la main du père qui l’entraîna à l’écart d’un air gêné. Le jeune père expliqua au médecin qu’il était marié depuis huit mois et n’avait jamais « connu » sa femme avant ses noces, il demandait si… des fois… vous comprenez, docteur ?

Worms calma les craintes de l’époux, d’une façon fort pertinente.

— Votre femme a-t-elle cherché à expliquer cette avance ?

— Non.

— Alors, elle a la conscience tranquille, mon bon ami, et je vous affirme que votre héritier est né avant terme.

« Grand Dieu, pensa-t-il, les médecins, les prêtres, et les détectives privés entendent beaucoup d’histoires ! »