Ferdinand Worms fronça le sourcil car, s’il était bon fils, il était davantage encore bon père.

— Il est encore bien jeune, protesta le médecin, le voici à l’âge où l’entendement s’éveille, par conséquent à l’âge où l’on doit inculquer à l’enfant des habitudes élémentaires.

— La belle affaire, dit le colonel, dresse-moi la liste de ces habitudes, je les lui ferai boire, doit-on les prendre comme un remède, avant les repas, dans un peu d’eau ?

« Je plaisante, se reprit-il en sentant qu’il n’empruntait pas le bon chemin, mais je sais la gravité de ces choses et tu peux compter sur moi, j’ai passé ma vie à prendre des habitudes et à en faire prendre aux autres. »

Ferdinand Worms se cacha derrière sa montre.

— Il est l’heure de manger, père, nous reparlerons de cela plus tard.

Ils rentrèrent tête basse. Le pauvre colonel, dépité, sentant la victoire lui échapper, fit une nouvelle tentative.

— Je te disais tout à l’heure qu’un officier vivait très vieux, mais de mon âge à très vieux, la marge n’est pas grande, tu comprends, Ferdinand ? Alors laisse-moi profiter de lui avant que je ne sois trop près de la mort et lui trop près de la vie.

— Mais, père, ma maison est la vôtre, rien ne vous empêche d’y demeurer à votre gré.

— Tu es bien bon, grommela méchamment le vieillard.