La jeune fille haussa les épaules. Elle savait bien que son étoile pâlissait à la maison Blanchin où ses faits et gestes s’accomplissaient dans la pleine lumière de l’attention générale. Redemander un nouvel acompte c’était s’attirer un dur sermon du marchand de vins.

Elle eut un geste las.

— Cela ne servirait à rien mon pauvre amour puisque tout serait à recommencer le mois suivant.

Soleil se rembrunit, de nouvelles restrictions ne lui souriaient pas. Il n’acceptait pas de se priver pour la conquête d’un équilibre douteux. Il ressemblait à ces héros qui n’acceptent de mourir qu’en échange d’une certitude. Le quotidien avait un goût de rance et Claire, dont le pouvoir faiblissait, lui paraissait laide et encombrante.

— Il me vient une idée, murmura la jeune fille. Écoute, ta musique est belle, si elle était éditée, elle enthousiasmerait bien des connaisseurs, pourquoi ne la ferais-tu pas imprimer toi-même ?

Le musicien fit un saut. Brave Claire. Ah ! bonne Claire amoureuse et entreprenante. Il la saisit dans ses bras et la souleva de terre. Il embrassait à pleine bouche les rires de sa maîtresse.

— Mais l’argent ? fit-il soudain, en la reposant à terre.

— Ah bast ! combien cela peut-il coûter ?

— Je ne sais pas… Attends ! Peut-être… oui au moins cent francs le mille.

Claire sourit.