Il fouille dans un tiroir et me tend l’objet réclamé.

J’examine attentivement l’image. Et, tout à coup, je fais une découverte du tonnerre de Dieu. Le morceau de vitrine que l’on aperçoit sur la photo appartient à L’Albatros. Je reconnais, sur la vitre, l’aile peinte en blanc d’un de ces volatiles qui servent d’enseigne à l’établissement.

Qu’est-ce que cette photo signifie ?

Et d’abord quand a-t-elle été prise ?

Je passe aux petits détails. En y regardant de près, on distingue une boîte d’allumettes vide sur le trottoir. Une idée lumineuse éclate sous mon dôme, comme une enseigne au néon. Je paie grassement le petit boutiquier et je cavale à L’Albatros. Je regarde par terre, la boîte d’allumettes vide s’y trouve. Donc la photo a été tirée quelques instants auparavant. Il est bien rare, en effet, qu’un objet léger comme une boîte d’allumettes demeure longtemps au même endroit.

Je continue à observer la photographie et je vais me placer au point approximatif où se trouvait la personne qui l’a prise. Ce point est situé sous une porte cochère. Et je pige vite la raison pour laquelle une faible partie seulement de l’homme visé est apparente : il y a un poteau de fer dans le champ de vision.

Nouvelle question : Qui est cet homme ?

Mon petit doigt me dit que ce pourrait bien être le salaud qui a dessoudé Slaak.

Mettons que la môme X… ait flairé du vilain dans le bar. Elle a un appareil photo et s’embusque sous la porte cochère, en face. Elle attend la sortie de l’homme. Seulement les gonzesses n’ont pas de réflexes, la chose est connue ! Le temps de viser et l’homme a déjà accompli les deux pas qui le mettent derrière le poteau. Si bien qu’on aperçoit tout juste une des jambes et une très faible partie de son pardessus.

Ça paraît se tenir d’aplomb comme raisonnement, vous ne croyez pas ?