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Je crois que j’ai eu une bonne idée de me camoufler de la sorte, car les rues sont pleines de patrouilles.
Les Frizous ont dû recevoir des instructions expresses, cela se voit à la manière dont ils dévisagent les passants. J’ai idée qu’un pégreleu qui s’amuserait à crier « À bas Adolf ! » serait illico transformé en passoire. Je coltine mon sac de charbon à travers la ville en m’enguirlandant intérieurement pour l’avoir tant rempli. C’est qu’il ne fait pas chiqué du tout, ce sac !
Trois quarts d’heure plus tard je parviens sans encombre à l’église indiquée par Bourgeois. Je cherche la porte du presbytère et j’ai d’autant moins de peine à la dénicher que Bourgeois se tient debout dans l’encadrement.
Je pose enfin mon sac de charbon. Ouf ! J’ai l’épaule droite complètement paralysée.
Présentations. Je serre les salsifis du curé. C’est un bonhomme aussi sympa que son frère. Ils doivent être jumeaux, parce qu’ils se ressemblent comme deux nègres à poil dans un tunnel.
— M’sieur l’abbé, je lui dis, vous seriez gentil de me prêter une soutane.
Ma requête ne le déconcerte pas trop.
Sans mot dire, il passe dans une pièce voisine où je l’entends ouvrir une garde-robe qui, soit dit en passant, réclame de tous ses gonds une goutte d’huile.
— Celle-ci vous irait-elle ? demande-t-il. C’est celle de mon vicaire qui est sensiblement de la même taille que vous.