Je n’ai pas compté jusqu’à douze qu’une voiture sort de l’école, pilotée par Thierry. Je la suis des yeux et je la vois stopper cent mètres plus loin devant un bureau de poste. Alors il se produit en moi comme un élan irraisonné. Je presse le pas en direction de l’auto, je jette un coup d’œil à la porte du bureau de poste, puis j’ouvre celle de l’auto et je m’accroupis à l’arrière, mon petit pétard à la main.
C’est là l’acte d’un zigue vachement bas de plafond, direz-vous ? Sans doute, mais je vous ferai respectueusement observer, bande de pieds plats, que les types pantouflards ne se sont jamais taillé une réputation de casseurs de gueule dans les services secrets.
Je préfère traverser un cerceau en flammes plutôt que d’attendre que le feu s’éteigne. Faut que ça saute avec bibi. Puisque je tiens Thierry, je ne veux plus le lâcher avant de l’avoir perforé comme la tranche d’un harmonica.
Mon attente est de courte durée. Il ramène sa viande presque tout de suite et s’installe au volant.
Nous roulons un bon bout de temps, à travers la ville, puis il cesse de passer à chaque instant ses vitesses et je comprends que nous marchons sur une route.
Ce serait peut-être l’heure d’abattre mes cartes, non ?
Tout doucement, je me redresse et m’assieds sur la banquette arrière.
J’approche le 6,35 de la nuque du salopard et je murmure :
— Belle nuit d’automne, pas vrai ?
Au mec, ça lui produit un effet indescriptible. Il fait une embardée dans le fossé et redresse de justesse sa direction.