Il ne dit rien. Moi, je n’aime pas ces silences subits. Et comment que j’ai raison de ne pas les aimer. Prompt comme une langue de caméléon, Thierry a sorti avec sa main gauche un automatique du fourre-tout et, sans se retourner, magnifique de maestria, en s’aidant seulement du rétroviseur, il tire sur moi.
Tout ça avant que j’aie le temps de dire ouf. Pourtant, si je n’ai pas eu le temps de proférer cette onomatopée, j’ai eu celui de me jeter de côté et la rafale passe à deux centimètres de moi.
Lorsque j’entends le déclic navré du feu signifiant que le magasin est vide, je reprends ma position initiale.
— Non, mais, qu’est-ce qu’on vous apprend dans les écoles d’espionnage nazies ! Tu ne sais pas qu’il est imprudent, lorsqu’on se sert d’un automatique, de tirer en rafale ? Tu as bonne mine maintenant, avec ta pétoire vide comme un sifflet !
Il ne répond rien.
— Fais demi-tour, Toto !
Il continue en ligne droite et il écrase le champignon comme une brute. Nous dépassons le cent dix.
— Et alors ? murmure-t-il. Que comptez-vous faire ? M’abattre ? Vous allez, en ce cas, entrer en contact avec un arbre !
— Le coup est classique, dis-je, tu as un chou à la crème à la place du cerveau pour ne pas avoir trouvé autre chose…
— Ce sont les coups classiques les meilleurs.