Je retrousse ma soutane et j’enjambe le dossier du siège.

— Arrête, dis-je, arrête tout de suite, collègue, où je te fais bouffer du plomb sans plus attendre.

Afin de l’intimider, j’appuie le canon de mon arme contre sa tête.

En guise de réponse, il sourit. Il a du cran, le monsieur. Je l’assaisonnerais bien immédiatement, mais j’aimerais pouvoir le travailler un brin pour tenter d’avoir des indications précises concernant les six prisonniers. Comment le mettre « out » sans le buter ? Impossible de l’estourbir car je ne dispose pas du recul nécessaire.

C’est alors que je me remémore les conseils d’un vieux pote à moi que j’ai connu à San Francisco avant-guerre et qui était un peu tueur de son métier :

« Si tu veux te farcir un mec sans l’abîmer, disait-il, tire-lui une dragée contre l’occiput en tenant le feu de biais afin que la balle ne pénètre pas mais l’érafle seulement. »

J’opère ainsi, tranquillement. L’effet est merveilleux.

Thierry a un soubresaut et pique du nez. Vous pensez que je me démerde d’attraper le volant et d’appuyer sur la pédale du frein. Je réussis un stoppage très convenable. Je regarde Thierry. La balle ne l’a pas seulement éraflé mais a légèrement pénétré sous le cuir chevelu. Il saigne comme un goret.

Je défais la ceinture de ma soutane et je lui entrave les pattes, puis j’ôte la sienne et je lui lie les mains. De cette façon, il est vraiment hors d’état de nuire. Je le fais basculer à l’arrière et je prends sa place au volant.

— Pauvre tordu, murmuré-je en le regardant, tu te croyais fortiche, hein ?