— Arrêtez devant le prochain fleuriste, il faut que notre contribution aux réjouissances soit totale.

Heureusement que les fleurs ne sont pas contingentées. Je me fends d’une gerbe grande comme un massif des Tuileries et je la colle dans les bras de Thérèse.

— Passez votre imperméable par-dessus votre habit, comme je l’ai fait, Bourgeois ; ainsi nous aurons l’air de deux maîtres d’hôtel. Nous entrerons en portant la caisse. Si un factionnaire demande des explications, dites que nous venons d’un grand établissement — celui que vous voudrez — comme extras, appelés par un coup de téléphone de l’ambassade. La même chose pour Thété. Mais je doute qu’on nous demande des explications. Si nous arrivions les mains vides, ce serait à craindre ; ainsi chargés, nous passerons inaperçus.

Je ne me suis pas trompé. Nous nous présentons devant le groupe de garde avec des airs parfaitement innocents. La voiture a été laissée dans une rue voisine et la mitraillette fait dodo au fond de la caisse de bouteilles. Si ces tordus s’avisent de reluquer de près le champagne, il va y avoir du pet ! Mais ils ne font pas attention à nous. Thérèse passe la première, derrière sa gerbe, et elle a le cran d’adresser un beau sourire aux factionnaires. Nous sommes dans un couloir bas de plafond, assez semblable à ces corridors de coulisses de théâtre. Des larbins vont et viennent.

Un maître d’hôtel italien nous demande dans un mauvais français :

— Qu’est-ce que c’est ?

— Le champagne.

— Quel champagne ?

— Celui que Son Excellence a fait demander chez Buysmans ! dit Bourgeois.

Le Rital se gratte le blaze.