— En cor…
— … billard, oui. Mon plan est simple. Je suis le croque-mort en grande tenue. Laura est la veuve éplorée (il y a ce qu’il faut pour la grimer) et cette enfant de garce — je désigne Thérèse — sera le défunt.
« Oui, ma vieille, tu voyageras dans un beau cercueil tout neuf… Ça te donnera à réfléchir.
« Madame Broukère, voulez-vous venir avec nous ?
— Non, fait-elle, ma place est ici.
— En ce cas je vous informe que j’ai planqué votre voisin dans sa cave. Comme je ne tiens pas à ce qu’il claque d’inanition, si par hasard personne ne l’a découvert avant demain soir, donnez l’alerte. Dites que vous avez jeté un coup d’œil dans sa cour et que vous croyez qu’il y a du louche. Je laisserai une chaise au milieu de la cour ou des papiers, afin de justifier votre « inquiétude ». Ainsi vous aurez l’air d’être une sympathisante et les vert-de-gris vous ficheront la paix.
Tout se déroule comme je l’avais annoncé. Nos déguisements sont parfaits, les papiers sont en règle et l’espionne, dûment attachée, est introduite dans un cercueil dans le couvercle duquel nous perçons quelques trous pour l’aération.
En route !
Un corbillard incite toujours au respect. Les hommes se découvrent sur notre passage et j’ai la satisfaction de voir que même des soldats allemands saluent. Les patrouilles nous arrêtent, mais elles vérifient rapidement nos paperasses et nous laissent poursuivre notre macabre randonnée.