— Monsieur l’officier plaisante ; j’ai moi-même procédé à la mise en bière.
Tant de naïveté le déconcerte.
— C’est bon, fait-il.
Au moment où je m’apprête à repousser le cercueil à l’intérieur de la voiture, une traction avant noire stoppe à notre hauteur. Elle est conduite par un seul homme. Et cet homme ! (Ma peau rétrécit comme une chemise bon marché dans la lessive). Cet homme n’est autre qu’Ulrich, le chef de la Gestapo de La Panne.
J’enfonce à fond ma bâche sur mes yeux et je me contracte un peu la bouillotte dans l’espoir insensé de modifier mon physique de théâtre.
Il parlemente avec l’officier. Celui-ci lui fait un salut militaire comme pour une grande personne et devient obséquieux. C’est fou ce que ces militaires ont peur de la Gesta. C’est, je crois bien, à eux qu’elle flanque le plus les jetons, la Gestapo.
Ulrich descend de sa voiture. Lui aussi considère le cercueil d’un air soupçonneux. Sapristi, quoi, elle n’a pourtant rien de sensationnel, cette caisse en bois. Ils la biglent comme s’il s’agissait du tombeau de Napoléon.
Soudain Ulrich extrait un revolver de sa poche et, posément, il tire quatre balles dans le cercueil, dans le sens de la longueur, et à dix centimètres d’intervalle.
— À toutes fins utiles, dit-il à mon intention.
Il ne m’accorde qu’un bref regard. Je dois avoir considérablement modifié mon aspect, car il ne me reconnaît pas. Il est vrai qu’il m’a très peu vu.