CHAPITRE VII
Je reste en tête à tête avec le pédaleur sur harmonium. Je dois reconnaître qu’il a su revenir à toute vapeur de sa surprise. Il est très calme, presque narquois.
— Bravo, murmure-t-il. Je constate que votre réputation n’est pas surfaite, commissaire. J’aurais dû me douter que deux hommes n’étaient pas une escorte suffisante pour un type de votre trempe.
Ses grands machins redondants commencent à me faire tartir comme on ne peut pas le concevoir ! Il me court, ce pèlerin ; probable qu’il a appris à lire dans un manuel de chevalerie ; il y a eu confusion dans sa caboche et il accomplit son boulot de gangster en l’enrubannant de formules grandiloquentes. Je décide de lui dire ma façon de penser.
— Écoute, bijou, attaqué-je ; j’ai horreur de gnaces de ton gabarit. Les gars qui se frottent les crins à l’eau oxygénée ne correspondent pas à mon tempérament, et je les passe au presse-purée lorsqu’ils donnent l’ordre de me lessiver, tu saisis ? Tu te crois fortiche parce que tu t’exprimes comme sur les champs de bataille des images d’Épinal, mais ton numéro de salon ne m’impressionne pas.
Je ricane. Soudain, mon ricanement me reste coincé sur le mufle. Bozembo a digéré mon gnon et il se dresse, à l’autre bout de la pièce, une pétoire tout autour de son index droit.
C’est pas le moment de lui raconter la vie des abeilles.
Heureusement que le gars San-Antonio a un peu plus de réflexes qu’un plat de spaghetti !
Je lui mets pour cent sous de ferraille dans la poitrine et le voilà qui ouvre la bouche et tousse d’un air tout chose. Il ne pense pas plus à utiliser son feu que moi je ne pense à la marquise de Sévigné.
Il titube et s’écroule sur l’harmonium. Ça fait un drôle de concerto pour agonie, en do majeur.