— Ici.
— Vous savez bien qu’il serait imprudent que je fréquente votre magasin…
— Allons donc… Vous n’aurez qu’à me téléphoner avant de débarquer ici. Je suppose que vous devez repérer les anges gardiens d’instinct ?
— Et comment !
— Alors, c’est parfait. Il s’agit simplement de prendre des précautions…
Décidément, Bourgeois est un gars épatant. Nous sortons de son bahut et je prends congé de lui.
Au bout de quelques mètres, je me frotte l’œil droit avec énergie, jusqu’à ce qu’il soit devenu rouge et tuméfié, après quoi je pénètre chez un opticien.
— Je souffre de conjonctivite, expliqué-je, l’air et la lumière me fatiguent énormément la vue. Vous n’auriez pas des lunettes à verres légèrement teintés ?
L’opticien a mon affaire. Je choisis des bésicles à monture courante et des verres très peu colorés, afin de ne pas attirer l’attention. Ensuite, j’entre dans un bistrot, je m’enferme dans les lavabos et arrache le talon d’une de mes chaussures, ceci pour transformer ma démarche. Me voici brusquement affligé d’une légère claudication. Demain, ma moustache commencera à être apparente. Mon percepteur, lui-même, ne me reconnaîtra pas. Ça doit coller. En somme, les Frizous n’ont mon signalement que par personnes interposées, puisque j’ai ratatiné les deux armoires chargées de m’appréhender…
Si je tiens mes pieds au sec, je n’aurai pas trop à m’inquiéter des occupants.