Je vais m’alimenter, puis j’achète les journaux de l’après-midi. Tous parlent de mon affaire et — évidemment — m’appellent l’assassin, le monstre, le dangereux terroriste, etc.
J’apprends que je suis l’auteur de l’assassinat de Slaak, dont le corps a été découvert par un petit télégraphiste, et que je dois tremper dans la bande de terroristes qui a mitraillé le restaurant du Coq-Hardi à La Panne. On ne dit pas grand-chose de la môme-caméra, sinon qu’elle a été grièvement blessée. On ne l’appelle que « la malheureuse jeune femme », ce qui, vous l’avouerez, ne me renseigne pas sur son identité.
Désabusé, je balance le canard dans une bouche d’égout et je décide de me mettre sérieusement au tapin.
Mentalement, je passe en revue les noms des collaborateurs de Bourgeois. Ils sont sept, je le répète, et le traître se trouve parmi eux.
Si je commençais par l’une des deux femmes ?
CHAPITRE X
L’une des deux femmes s’appelle Laura. Je me dis qu’avec un prénom pareil, une gnère ne doit pas avoir la tranche d’une marchande de robinets et, comme je suis aussi sensible au beau sexe qu’un poisson l’est à l’élément liquide, je décide de commencer mon enquête par elle.
Elle pioge dans une petite rue pittoresque, du côté de la place du Parlement. C’est vieux, gris, triste et doré comme un bouquin ancien. Ça vous a un certain charme. En contemplant cette façade aux fenêtres munies de petits carreaux, j’attrape une sorte de vague à l’âme indéfinissable.
Je me dis que la guerre et la chasse aux traîtres sont des trucs terriblement stériles et je rêve de me trouver dans une petite pièce confortable, entre deux bras blancs. L’amour, il n’y a que ça de chouilla sur cette garce de planète…
J’en suis là de mes réflexions extra-philosophiques lorsqu’une espèce de petite déesse sort de l’immeuble. Illico une sonnerie, identique à celle annonçant l’arrivée des trains dans les gares, se déclenche sous mon dôme. Je sens que Laura c’est cette petite beauté portative.