Elle croise une grosse daronne, un peu moins large que les grands magasins du Louvre et lui dit :
— Bonjour, madame Deulam.
Croyez-moi ou ne me croyez pas, mais sa voix correspond à son physique. Elle vous flanque plus de frissons dans le corps que ne le ferait un courant à haute tension.
La mère sac-à-bidoche lui répond :
— Bonjour, mademoiselle Laura.
Ceci pour vous prouver que San-Antonio a le nez creux et qu’il n’a pas besoin d’aller se faire tirer les brèmes chez la pythonisse du coin pour entraver le pourquoi et le comment des choses.
Sans hésiter, j’emboîte le pas à la jeune fille. Tout en lui filant le train, j’étudie sa géographie. Pardon ! Quand on a vu une gamine de ce gabarit, une fois, qu’est-ce qu’il doit falloir ingurgiter comme bromure pour retrouver le sommeil. Elle est fabriquée comme la Vénus de Milo : elle a une avant-scène sensationnelle qui danse sous sa robe à mesure qu’elle marche, de grands cheveux blonds qui lui descendent jusqu’au milieu du dos et des jambes qui doivent enlever tous les premiers prix dans les expositions de guiboles.
Elle arpente les pavés à grands pas. C’est une sportive, je le vois à sa démarche. Nous attrapons des ruelles et des ruelles et nous finissons par déboucher sur une grande place plus grise et plus triste que tout le reste de Bruxelles. Elle va droit à un café et s’assied à une table. J’en fais autant. Je m’embusque derrière un journal pour attendre les événements. Ceux-ci ne tardent pas à se produire. Du moins, si l’on admet comme événement, le fait qu’un type vienne s’asseoir à la table de Laura.
Je l’examine discrètement. Il est grand, maigre et il a une tête qui serait assez agréable si ce n’étaient ses yeux fuyants.
Ce ne doit pas être un amoureux, car la fille se contente de lui serrer la paluche d’une manière indifférente.