Nous montons dans le toboggan, chacun par un bout. Je demeure sur la plate-forme avant, afin de pouvoir surveiller tranquillement les faits et gestes de mon client. Il a l’air de rêvasser. Nous roulons pendant un bon bout de temps et à une allure extraordinaire. C’est fou ce que ces tramways bruxellois sont rapides ! Nous atteignons une banlieue enfumée où grouille la marmaille.

Le type descend. Bien entendu, j’en fais autant.

Il s’engage dans un terrain vague et je le suis de loin, car il pourrait trouver suspecte ma présence en un tel lieu. Je réussis néanmoins à ne pas le perdre de vue.

Dix minutes plus tard, il stoppe devant une masure en ruine qui ne doit tenir encore debout que grâce au papier peint collé sur les murs, à l’intérieur. Le crépuscule commence à descendre sur la ville. Une odeur de suie et d’humidité alourdit l’air. Le type respire bien à fond avant de rentrer, puis il plonge dans le couloir obscur. J’attends un peu ; lorsque je vois une lumière briller au premier étage, j’entre dans la maison à mon tour.

Les escaliers sont de bois. Les murs sont lépreux au dernier degré et couverts de graffiti ; les parpaings de plâtras tombent du plafond dont on voit l’armature comme on voit la trame d’une étoffe élimée.

Je dégage mon Lüger de sa gaine et j’entreprends l’ascension de l’escalier branlant en prenant des précautions infinies pour ne pas le faire grincer.

Me voici enfin au premier étage. Pas un bruit ! Seul, le rai de lumière filtrant sous la porte indique une présence. Je me courbe en deux afin de fixer mon œil au trou de la serrure. Je ne distingue rien. Il doit y avoir un cache-trou.

Je danse d’une patte sur l’autre sans parvenir à prendre une décision. À cet instant, je sens dans mes reins un contact dur. Des trucs de ce genre me sont arrivés tellement souvent que je ne mets pas vingt secondes à réaliser. Je veux bien être l’empereur des tringles à rideaux si ce n’est pas le canon d’un revolver qui me chatouille les omoplates. Notez bien qu’une seringue, en elle-même, n’est jamais dangereuse ; ce qui importe, c’est l’état d’esprit du gougnafier qui la tient dans sa pogne.

Je n’ose me retourner, de peur que ça pète.

Une main rageuse m’arrache mon arme.