Je toussote. Comme si j’éprouvais le besoin de me comprimer la poitrine, ma main se porte à l’emplacement de mon Lüger.

— Ne cherchez pas, fait doucement Héléna, c’est nous qui l’avons…

Elle a l’œil, cette fille.

La promenade dure près d’une plombe. À l’allure où conduit Boris Karloff, nous devons être loin de Pantruche.

La suite du scénario, je peux l’écrire si vous y tenez. Nous allons stopper dans un petit coin tout ce qu’il y a de peinard, vous voyez d’ici le style ? Un bois ou une carrière abandonnée… Un de ces coins tellement déserts que l’île de Robinson Crusoé ferait, en comparaison, l’effet du Stadium de Chicago le jour d’une rencontre de poids moyens comptant pour le Championnat du Monde.

Schwartz me priera de descendre de la voiture ; je descendrai et son sadique de chauffeur viendra me parler à l’oreille par l’intermédiaire de sa machine à fabriquer de la clientèle pour Borniol…

Un bûcheron, un pêcheur à la ligne, un gamin ou des amoureux découvriront ma carcasse dans quelque temps, du moins ce que les bestioles en auront laissé…

J’aurai un bel enterrement. On me cloquera des discours, des larmes en bronze et du chrysanthème… Peut-être même qu’il y aura les grandes orgues. Amour, délice et orgue…

Bon, la voiture s’arrête. Schwartz et son épouvantail se manient le prose pour descendre. Ils parviennent à ma portière en même temps.

— Descendez ! ordonna Schwartz.