— Bon, je crois que ma dernière heure est arrivée ?
— Ça nous parait évident, murmure le professeur.
— Sortons, enjoint le chauffeur.
Il ouvre la porte. Le vent, en s’engouffrant, fait de nouveau se balancer la lampe à acétylène. Cela me rappelle à la réalité. Si je ne tente rien, avant trois minutes j’aurai dans le corps autant de ferraille qu’un matelas Simmons.
— Eh bien, bonsoir, tout le monde, m’écrié-je.
Je soulève mon chapeau mouillé et, avec une précision que je suis le premier à admirer, je le jette sur la petite flamme de la lampe.
Hourra ! L’obscurité se fait. La cabane devient houleuse comme la cambuse d’un rafiot au cours d’une mutinerie. Je me jette contre le mur et essaie de m’accoutumer à la nuit. Foncer par la lourde entrouverte serait la dernière chose à faire, ma silhouette massive se découperait en ombre chinoise, offrant ainsi à Boris Karloff l’occasion de réussir un beau carton. Si ce garçon n’est pas trop maladroit, il m’en grouperait une demi-douzaine dans la région du nombril…
La voix du professeur Stevens s’élève, étrangement sèche.
— Restez calme ! Bauhm, surveillez la porte, les autres ne bougez pas, je vais rallumer la lampe.
S’il craque une allumette, cela sera suffisant pour que Bauhm localise ma personne. Et alors il actionnera son moulin à poivre !