CHAPITRE XIV
HAUTE VOLTIGE
Je retiens mon souffle. Mais la respiration, c’est comme de la flotte ; on ne peut la contenir longtemps… Je suis des yeux les tatanes de Schwartz qui font le tour de la bagnole.
— Il doit être sous la voiture ! crie Héléna.
Une lumière danse en s’approchant.
Les chaussures de Schwartz piquent le sol et ses genoux apparaissent. Il commence à se pencher. Tout se déroule comme un ralenti cinématographique ou comme un cauchemar. Je vais être aussi bon à cueillir qu’une vache dans un vestibule. Il n’aura qu’à promener son artillerie sous l’auto comme une balayette et il sera certain de me truffer. Je n’ai pas le temps de sortir de là… Je…
Je me souviens d’un petit incident banal ; du moins j’ai cru que c’était un incident banal au moment où je l’ai vécu : ce matin je suis passé à la banque pour y retirer un peu de flouze pour le ménage. La liasse de biffetons était fixée au moyen d’une grosse épingle. Je l’ai trouvée tellement mahousse, cette épingle, que je n’ai pu me résoudre à la jeter. Je l’ai épinglée au revers de mon veston. Elle y est toujours. Avec une promptitude inouïe, je l’en retire et, d’un geste rageur, je la plante dans un des genoux de Schwartz.
Oh ! Ce cirque !
Le mec pousse une beuglante qui doit s’entendre jusqu’à Djibouti. Ses deux mains apparaissent. Celle qui tient le soufflant et l’autre. Pour l’instant, elles ne songent qu’au siège de sa douleur et s’affairent sur le genou attaqué.
Rapidos je sors de sous la bagnole. C’est pour me trouver nez à nez avec Héléna. Je lui bigle les pattes : elle n’a pas de revolver. Donc, elle ne m’intéresse pas pour l’instant.