Il tire calmement.

Une première balle fait descendre la vitre. Une seconde ricoche sur le volant.

Je n’ai pas le temps de voir ce qu’il advient de la troisième car j’ai déjà actionné le démarreur. Tant pis pour la boite de vitesses : je pars en seconde. Il y a encore des balles sur la carrosserie.

Comment que ça grêle épais, cette année !

La voiture fait une légère embardée au moment où elle se met en route. Je réalise que je viens de passer sur quelque chose de mou. Ce quelque chose, je vous parie le râtelier de votre trisaïeul contre le compte en banque de mes éditeurs que c’est ce cher Schwartz. Tant pis pour sa pomme, on n’a pas le droit de venir obstruer les routes de France avec sa carcasse.

Je bigle dans le rétro et je vois des petites étincelles qui vont s’amenuisant, tandis que les balles continuent de frapper la bagnole.

Tout à coup, il y a un plouff terrible et la voiture fait une nouvelle embardée. Je n’ai pas de peine à réaliser ce qui vient de se passer : Stevens, voyant qu’il ne pourrait plus m’abattre, a visé les pneus et nous avons éclaté.

Heureusement que je suis un champion du volant. Nuvolari, c’était un conducteur de tramway à côté du mec San-Antonio.

Je fonce à plus de quatre-vingts sur trois pattes. La jante en prend un vieux coup, mais s’il y a une chose dont je me tamponne le coquillard, c’est bien de cette auto. Tout ce que je lui demande, c’est de me conduire ailleurs et de m’y conduire le plus vite possible.

Je roule cinq minutes et je m’arrête.