— Façon de parler, sourit le boss ; justement ils ne se sont pas envolés, grâce à vous, et nous avons l’espoir de remettre la main dessus. N’oubliez pas que nous avons des photographies d’Héléna ; je vais mettre toutes les polices sur sa piste, il faut qu’avant ce soir nous l’ayons retrouvée.

Je loue ces belles intentions.

— Que dites-vous du professeur Stevens, chef ?

Il se gratte le blair.

— Je ne sais pas. Je vais convoquer d’urgence ses collègues français chez le ministre de l’Intérieur ; certainement que l’ambassadeur britannique assistera à la conférence. C’est une affaire qui peut avoir sur le plan diplomatique d’énormes répercussions.Il semble soucieux. Je suis trop las, trop épuisé, pour compatir à ses tracas. Je me lève.

— Que pensez-vous faire ? me demande-t-il.

Alors là, j’explose.

— Écoutez, chef, j’ai passé une nuit complète à buter des gens et à recevoir des balles et des gnons. J’ai une sérieuse éraflure au mollet et il reste dans mes poumons assez de gaz d’éclairage pour faire fonctionner une douzaine de réverbères pendant trois mois. Vous ne pensez pas qu’étant donné le fait que je ne suis pas le bonhomme en bois des Galeries Barbès, j’ai besoin de me rebecqueter un peu ?

— Vous êtes un tel homme, fait-il, qu’on ne pense pas que vous puissiez avoir besoin de repos. Excusez-moi, San-Antonio.

Du moment qu’il le prend sur ce ton, je suis prêt à toutes les concessions. Parce que, je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais avec des flatteries on obtient de bibi tout ce que l’on veut.