En moins de deux, le valeton ressemble à un chaudron de cuivre qui aurait descendu l’escalier d’honneur de Buckingham Palace. Bouboule s’y entend comme pas un pour rectifier la physionomie de ses contemporains.
Il commence par lui offrir des yeux au cirage ; ensuite il transforme ses oreilles en morceaux de chou-fleur. Puis, après avoir constaté que ses travaux d’embellissement prennent tournure, il lui administre une double calotte qui jette la perturbation dans la ganache de Long-pif. Ce dernier émet un bruit de gargarisme, puis en soupirant, crache mélancoliquement trois dents sur le parquet.
— Arrête les frais, Bouboule, ordonné-je.
Il lâche son punching-ball vivant et, de la langue, ramène sa chique au centre de mastication approprié. Le domestique titube et s’abat dans un fauteuil. Je m’approche de lui et le fouille. Il a sous le bras un fort calibre.
— C’est avec ce joujou que tu passes la paille de fer, sans blague !
Il ne réagit plus. C’est à croire qu’il vient d’avoir une engueulade avec un bulldozer… Sa femme, non plus, ne bronche pas. Tous deux ont assez de psychologie, pour comprendre qu’ils sont dans la barbouille jusqu’aux moustaches.
— Comment découvre-t-on l’ouverture ? demandé-je à la fille.
Elle détourne la tête.
Alors je me dis que ça n’est pas le moment de jouer les cœurs tendres. Aux grands maux les grands remèdes. On n’a jamais sauvé un type de la péritonite avec de l’aspirine.
— Occupe-toi aussi de madame ! fais-je à Bouboule. Auparavant, mets ta part de vieille galanterie française dans ta poche revolver ; ces foies-blancs sont des espions et des buteurs de la pire espèce. Il y a une heure, monsieur bouzillait un malheureux gamin, simplement pour te donner du nerf.