Une seconde fois le gros lard remise sa fourchetée de tabac. Il a à la main droite une grosse chevalière en acier véritable qu’il a dû dénicher dans une pochette surprise. C’est un bijou de grande classe. Il en fait tourner légèrement le chaton de manière à ce qu’un des angles de celui-ci se trouve sur le dessus de la main. Il allonge un petit coup sec sur la pommette gauche de la souris. La viande s’ouvre et le sang coule. Il est pas si lourdaud que ça, le copain. Il sait ce qui fait de l’effet aux gonzesses. Il lui met le ramponneau qui complète le premier et la pousse devant une glace. Elle a le visage en sang.
— T’es pas chouïa, assure Bouboule.
Et il la boxe au menton.
La môme se met à nous supplier de la laisser entière.
D’un pas décidé elle va au coffre et compose un numéro sur l’un des cadrans de la serrure. Après quoi elle tire sur la poignée. Comme je l’avais prévu, ça n’est pas la porte du coffre qui s’ouvre, mais c’est lui qui, tout d’un bloc, pivote, dévoilant un escalier étroit.
— Surveille ces bonnes gens ! ordonné-je à mon coéquipier. Je pars à la découverte. Si tu n’as pas entendu parler de moi d’ici dix minutes, téléphone au boss d’envoyer du monde. En attendant, ouvre l’œil, ces mecs sont retors.
— Vous en faites pas, grogne-t-il en s’empiffrant un nouveau paquet de tabac.
Pour me montrer qu’il n’est pas homme à se laisser faire un brin de cour par le couple, il gratifie l’un et l’autre d’une beigne soignée.
Je m’engage dans l’escalier secret.