Moi, je m’imaginais qu’il n’y a que dans les histoires de la Semaine de Suzette qu’on trouve des escaliers dérobés. Ça fait un peu moyenâgeux à notre époque.
Le soufflant à la main, je descends les degrés. Je me déplace avec précaution, prêt à toute éventualité. Je ne sais pas du tout où je vais atterrir. Ma descente ne dure pas longtemps. Je débouche bientôt dans un réduit sombre. Je m’apprête à battre le briquet, mais un bruit proche me stoppe.
J’attends un bon moment afin de permettre à mes yeux de s’accoutumer à l’obscurité.
Je finis par distinguer un point lumineux.
Ce point a la forme d’un trou de serrure. Je m’y dirige à tâtons. J’ai les doigts étrangement compréhensifs. Je touche un bois rugueux. C’est une porte de cave. C’est curieux comme on conserve des souvenirs tactiles. Je réprime un besoin de tousser. Une odeur âcre me prend à la gorge. Je rive mon œil au trou de serrure et je contemple le paysage. J’aperçois une pièce blanchie à la chaux. Il y a, pour tout ameublement, une immense chaudière. Un homme s’active devant cette chaudière. Il a le dos tourné. Toujours à tâtons, je palpe la porte à hauteur de la ceinture. Les portes comportent toujours un loquet. Celle-ci n’échappe pas à la règle. Je mets donc la main sur ce loquet, je le tourne doucement, doucement ; puis j’ouvre brusquement la porte et je gueule :
— Les pattes en l’air !
Le gnace se retourne. C’est Bertrand. Il fait un drôle de blaze en me voyant. Un sourire niais s’épanouit sur sa bouillotte.
— Ah ! C’est vous, murmure-t-il.
Et il baisse ses mains. Je ne le perds pas de l’œil.
— Les pattes bien haut, Bertrand !