Au lieu d’obtempérer, il plonge sa main droite dans sa poche de pantalon. Je lui laisse sortir un feu afin de me donner l’excuse de la légitime défense, puis je presse sur la détente du mien. Il prend la balle dans le poignet et lâche sa seringue en jurant :

— Il ne faut jamais me prendre pour la moitié d’un cervelas, Bertrand. Ou alors y a du pet, mon garçon…

Je fais quelques pas en direction de la chaudière. Du pied j’ouvre la porte du foyer et je comprends d’où vient l’âcre odeur dont j’ai parlé plus haut : il y a un corps dans cette chaudière. Un corps qui flambe, qui se racornit, qui pète comme une pomme dans un four. C’est celui de la fausse Héléna. Je le reconnais, si j’ose dire, au fait qu’il est décapité.

L’odeur est si abominable que je me dé… de refermer la porte. Une puissante envie d’extérioriser mon estomac me tord les tripes. Je réprime ça, ne voulant pas passer aux yeux de Bertrand pour une poule mouillée.

— Dis donc, Bertrand, t’as pas fait rentrer du charbon cet hiver que tu emploies un combustible de ce genre. Ou alors, quoi, tu joues à Buchenwald ?

Il tient sa main blessée et me regarde comme un clébart.

— On remonte, lui dis-je. Ouste !

Et pour lui indiquer que c’est sérieux, je lui enfonce le canon de mon aride dans les côtes

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J’ai eu raison de ne pas prolonger mon exploration car Bouboule est toujours en train de s’amuser avec le couple. Les deux domestiques ressemblent à n’importe quoi sauf à un homme et à une femme. Leurs contours ont tendance à s’estomper légèrement.