CHAPITRE IV

CHAMPIGNON ?

Si jamais un type a éprouvé le besoin de dépaver la ganache d’un de ses contemporains c’est bien moi en ce moment.

Je donne une poussée à la porte ; j’y vais de si bon cœur que mon coup d’épaule aurait pu défoncer le mur de l’Atlantique. Le frisé est propulsé à l’intérieur de la salle. Il a perdu son sourire. Ses yeux d’aveugle contiennent autant de cordialité que ceux d’une vipère à qui l’on flanque des coups de bâton.

Je pénètre enfin dans l’établissement et je lui demande de mon ton le plus suave :

— Vous n’êtes pas blessé, au moins ?

Il ne répond rien. Un instant, je me demande s’il ne va pas sortir de sa poche le couteau à dessert qui lui a servi à assaisonner Ferdinand. Mais il détourne la tête et s’en va.

Cette petite saynète pour patronage me laisse perplexe, je me dis que le frisé m’a reconnu. Il n’avait aucune raison de me coincer dans le tambour de la lourde… Pour moi, il devait encore être dans la rue des Abbesses lorsque je me suis annoncé chez Ferdinoche. Il a compris que j’étais un flic et, tout à l’heure, en me voyant entrer dans le restaurant il a cru que je venais lui essayer une paire de bracelets nickelés. Il s’est donné peur et c’est pour gagner du temps qu’il a bloqué la lourde avec son pied.

Oui, ça doit être la bonne explication. Mais alors, me voilà grillé !

Une bouffée de rage empourpre mon front d’archange ; je dois vous avoir déjà fait comprendre que la fée qui m’a cloqué les dons les plus précieux dans mon berceau, en a oublié un : la patience… Probable qu’il n’en restait plus en magasin ce jour-là. Lorsque quelque chose ne tourne pas rond, je boulotterais le pont Alexandre III…