Il sourit.

— Mais vous avez réalisé a temps ce qui se passait, reprend-il, et vous avez vidé votre revolver dans la fenêtre.

— En somme, demandé-je, où en sommes-nous ?

— Pour vous, au dernier chapitre…

— Évidemment, fais-je.

Sans doute est-ce à cause de mon état comateux, mais je n’ai pas encore pensé au sort qui m’attend. Je ne me suis pas encore dit que lorsqu’on abat ses cartes avec des partenaires de la trempe de ceux-ci, c’est que la partie est achevée… Eh ben ! elle l’est, achevée, la partouze !.. Pour le fils de ma mère, s’entend… Y a des chances pour que je sois froid comme un nez de chien au moment où le soleil se lèvera.

Nous roulons à bonne allure. Personne ne jacte. En attendant, j’achève de retrouver mon équilibre physique.

Vous vous dites que ça ne vaut pas le coup, dans ma situation ? Alors, c’est que vous avez une mentalité d’encéphale-ferrugineux-antidérapant, comme dirait votre psychiatre habituel. Mon grand principe, c’est de ne vivre que le présent, sans m’inquiéter de l’avenir, même de l’avenir le plus immédiat. Je suis dans le genre du type qui était cerné par l’incendie au denier étage d’un immeuble, et qui, en attendant que les flammes arrivent à son grimpant, consultait le programme des spectacles.

Vous pigez ?

— J’ai avalé tellement de votre saloperie de gaz que vous auriez pu gonfler tous les ballons rouges distribués par les Galeries Lafayette un jour de vente-réclame, dis-je ; vous n’auriez pas un petit coup de raide ?