— Faut vraiment avoir du cirage noir dans les châsses pour avoir pu confondre l’autre fille avec vous.

Schwartz semble surpris.

— Dites donc, commissaire, fait-il, vous m’avez l’air bigrement fortiche…

— J’avoue, dis-je avec assez peu de modestie, que je n’ai pas une pierre ponce à la place de la matière grise.

— Qu’est-ce qui vous a amené à comprendre que…

— Qu’il y avait deux Héléna ?

Sa question me fait réfléchir. C’est vrai, ça : qu’est-ce qui m’a fait piger ce truc ?

Franchement, je crois que c’est une foule de petits détails accumulés… D’abord, j’ai tiqué en constatant que les deux, anges gardiens attachés à la personne d’Héléna attendaient devant la porte, alors que la môme ne se trouvait pas dans la maison…

Ces mecs de nos services ne sont peut-être pas tous des aigles, mais ils ont une chose pour eux : ils sont consciencieux. S’ils avaient perdu la môme, ils seraient revenus la source, bien sûr, c’est-à-dire au lieu où elle créchait, mais ils auraient averti le patron. Or, ils ne l’ont pas fait, et ils ne l’ont pas fait parce que leur filature n’a pas été rompue. En un mot, ils attendaient devant chez Stevens, tout simplement parce que la souris s’y trouvait. Donc, si elle s’y trouvait, comme elle n’a pas le don d’ubiquité, c’est une autre Héléna qui est rentrée avec le prof.

J’ai été repéré. Ils ont compris que la relève s’opérait, que ça devenait sérieux alors ils ont échafaudé un gros boum destiné à liquider le double d’Héléna qui devait les emmouscailler et à m’entraîner sur une fausse piste pendant qu’ils débarrasseraient le plancher avec les plans, le professeur et tout !