Comme je parle l’anglais à la perfection, je me fends la bouille.

— O.K.

Je tends une carte de visite au lardon. J’y ai inscrit l’adresse de Luigi Sorrenti, accompagnée de cette simple phrase : « Venez presto au café que vous m’avez indiqué ce matin. »

Puis je tire un billet de cent lires, je le partage en deux et tends une moitié au sciuscia en lui expliquant que l’autre moitié lui appartiendra lorsque la course sera faite. J’ai appris à être méfiant.

En attendant l’arrivée de Sorrenti, je débouche une bouteille de Martini, malgré que ce ne soit pas précisément l’heure de l’apéritif, et je m’asperge le tube digestif. Je me dis que mon enquête n’a pas encore commencé et qu’il y a déjà trois cadavres à mettre au frais. Quand je vous disais que partout où je passe le monde se transforme en cimetière !

Tout de même, ça me paraît étrange qu’on ait buté le patron de ce café. En effet Sorrenti, seul, savait qu’il pouvait m’être utile, mais il serait ridicule d’en déduire qu’il est pour quelque chose dans cet assassinat car personne ne le forçait à me signaler l’incident de la bagarre dans cet établissement. Non, pour une fois, je crois à une coïncidence. Ce n’est pas à cause de moi, pour éviter qu’il parle, qu’on a expédié le cabaretier au pays des fantômes, mais pour d’autres motifs. Je retourne dans l’arrière-salle et je me mets en devoir de perquisitionner. Je découvre un pistolet dans une boîte à sel, et je me marre en songeant qu’en guise d’assaisonnement, ça se pose un peu là. Excepté cette arme, je ne trouve rien de louche. Je m’apprête à abandonner mes recherches lorsque j’entends un bruit de pas dans le bistrot. Je jette un coup d’œil et, pardon, qu’est-ce que je vois ! La môme la plus ravissante qui se soit jamais baguenaudée sous le soleil d’Italie. Elle est mince, bien moulée et porte une jupe blanche et un sweater cyclamen. Ses cheveux blonds lui tombent jusqu’au milieu du dos.

Elle ne regarde même pas le fameux dormeur. Elle se dirige vers le comptoir d’un air déterminé et ouvre le tiroir-caisse. Je m’aperçois très vite que ce n’est pas le pognon qui l’intéresse car elle le sort à poignées et le balance à ses pieds. Elle extrait une petite boîte en fer et s’apprête à l’ouvrir. Comme le contenu de ladite boîte m’intéresse également — je suis curieux de nature — je décide d’intervenir.

— Hello, beauté, si c’est du feu que vous cherchez, j’ai des allumettes.

Elle sursaute et se retourne comme si un marchand de charbon avait voulu constater que ce qu’elle charrie dans son corsage n’est pas factice.

— Qui êtes-vous ? questionne-t-elle.