L’alcool me donne un coup de fouet. Aussitôt je réagis et je réattrape le Chinois.

Je l’attire au bout du bar.

— Maintenant, lui dis-je, nous allons discuter sérieusement. Écoute, beau masque, je viens d’apprendre que tu t’es tapé six mois de mitard avant guerre pour une histoire de drogue. C’est exact, hein ?

Il bat les paupières, on dirait qu’il fait du morse.

Je poursuis :

— D’ac, alors voici ce que je te propose : tu me chuchotes ce que tu sais au sujet de l’affaire en question et tu palpes le billet dont je t’ai parlé. Ou bien tu la boucles et je te fiche en cabane. Ne t’inquiète pas pour le motif, j’en trouverai un. Au besoin, si je le veux, on dénichera suffisamment d’opium chez toi pour que le juge le plus débonnaire t’envoie en tôle jusqu’à ce qu’il te pousse des champignons sous les pieds.

Je constate que mon barman est convenablement ébranlé. Il balbutie des mots incohérents et jette des regards affolés par-dessus mon épaule. Vraisemblablement, c’est un petit bonhomme qui craint la pluie.

— Tout à l’heure, dit-il, attendez-moi au coin de la rue. Je quitte mon service à une heure. Si je peux vous être utile…

Je m’exclame :

— Et comment que tu le peux ! Entendu pour le coin de la rue. Et tâche pas de me jouer un tour de Chinois, si tu ne veux pas que je t’administre une correction tellement sévère que tes arrière-petits-enfants eux-mêmes ne pourront pas encore s’asseoir. Du reste, je ne bouge pas d’ici avant la fermeture.