— Excusez-moi, Excellence, c’est encore San Antonio. J’ai oublié de vous recommander de bien camoufler les documents, un coup de main est toujours à craindre.

— N’ayez pas d’inquiétude, à l’heure qu’il est, ils sont en France. Je les ai fait rentrer immédiatement par avion spécial.

Je respire. Voyez-vous, j’aime avoir l’esprit libre de tout souci pour travailler.

Je redis bonsoir.

Jeannine est assise dans un fauteuil du hall ; elle me regarde avec intérêt. Dès que j’en aurai fini avec cette histoire, il faudra que je m’occupe de lui changer les idées. C’est pour moi une obligation morale, et je ne la trouve pas pénible du tout.

Je jette un regard à la pendule électrique, elle indique huit heures dix. J’espère que le signore Sorrenti ne va pas tarder à s’amener avec ses chaussettes à rayures et sa cravate bleu azur. J’en ai marre de piétiner sous le regard compassé des ouistitis de la réception. Je vais m’asseoir sur un accoudoir du fauteuil voisin.

— Dites-moi, Jeannine, je suppose que votre frère sera inhumé en France ?

— Bien entendu.

— Après les obsèques, vous pensez revenir dans ce bled ?

Elle a un geste d’une tristesse infinie.