— On t’a jamais appris à l’école qu’il existait des pièces en deux actes ?

— Si, mais toutes celles pour lesquelles j’ai un engagement en ont trois, figure-toi ; et il se trouve que c’est dans le troisième acte que je suis le plus formidable.

Le copain de la môme rousse s’impatiente.

— Assez causé, dit-il avec un accent hongrois si épais qu’on pourrait le couper au sécateur, qu’est-ce qu’on fait de ces deux ?

— On les emmène dans le monde, décide Bruno.

Ils nous poussent dans le couloir et nous entraînent vers la porte de service ; celle-ci donne dans une ruelle où il y a une voiture américaine.

— Allez, grimpez, ordonne le gentleman dont l’arrière-grand-père était pékinois.

— Mazette ! m’exclamé-je, vous ne les achetez pas aux puces, vos bagnoles.

— Ferme ça, gronde Bruno, maniez-vous, toi et ta grognasse et ne faites pas de manières, étant donné que c’est nous qui avons l’artillerie maintenant.

Je m’installe à l’arrière à côté de Jeannine. Je la regarde pour voir comme elle réagit. Elle ne prend pas ça tellement mal. En tout cas, comme diversion à son chagrin, c’est plutôt corsé, hein ?