Pour commencer, le journaliste, fou de rage et de douleur, fait donner son artillerie au petit bonheur, des balles traversent mes fringues sans me toucher, heureusement. Früger a moins de chance car il en bloque une dans le citron, et rend son âme au diable.

Je le lâche et pique un plongeon derrière le piano. Ça tiraille dans tous les coins. Les animaux sont ivres de rage et jouent à la bataille de Verdun. Les balles s’enfoncent dans le piano et composent une curieuse mélodie en ré mineur. Peut-être bien que c’est une marche funèbre qu’ils exécutent à mon intention.

Tout à coup, Elsa hurle :

— Le patron est mort !

Comme par enchantement, il se fait un silence.

— C’est Schultz qui l’a tué, dit un type.

Schultz, c’est le faux journaliste. Il se met à pleurer. Le poivre que je lui ai offert doit l’aider dans cet exercice lacrymal.

— C’est pas ma faute, gémit ce crocodile, il m’a aveuglé.

— Ne tirez plus ! ordonne Martinet. Il nous le faut vivant.

Il précise aussitôt ses intentions.