Ma respiration se coince. Mon ouïe devient l’organe capital de mon individu. J’entends ce bruit, ce battement de cœur artificiel qui n’est pas celui d’une montre et qui a frappé mon subconscient. Un bruit qui me rappelle quelque chose… c’est-à-dire le tic-tac d’une bombe.
Je me rends à l’évidence ; il y a une bombe dans ma piaule ! À force de prêter l’oreille, son bruit, pourtant imperceptible, est un fracas pareil à celui des chutes du Niagara.
Mon premier réflexe est de me tirer à la vitesse d’un avion à réaction, mon second (celui du flic) est de chercher la bombe. C’est à ce dernier que j’obéis. Je me fiche à quatre pattes et je regarde sous le lit. Je ne vois rien. Cependant le tic-tac est là… tout près. Mes cheveux se hérissent. Peut-être que dans un cent millième de seconde je vais être réduit en si petits morceaux que les pompiers seront obligés de passer du papier buvard sur les murs pour me récupérer. J’ouvre le tiroir de la table de chevet : rien non plus. Je m’affole. Où ces enfants de ceci et cela ont-ils planqué leur tabatière à remontoir ? Je soulève le matelas : la bombe est là ; douillettement couchée sur le sommier. Heureusement, j’ai aussi des talents d’artificier. Je commence par couper le fil qui unit le détonateur à l’explosif, puis je désamorce l’engin. Après quoi je vide ma boîte à chaussures et je place la bombe à l’intérieur.
J’éponge mon front emperlé et je vais achever ma cigarette à la fenêtre, histoire de réfléchir à cette nouvelle aventure.
Ensuite, je me recouche et j’en mets un coup pour de bon !
CHAPITRE IV
Des idées à moi
Le lendemain, lorsque je saute du lit, je m’aperçois que j’ai un fameux retard sur le soleil. Il est, en effet, plus de dix heures. Je fais ma toilette en sifflotant, et j’achève tout juste de me laver les dents au moment où le téléphone sonne. C’est Julia.
— Hello ! Tony ! gazouille-t-elle, vous avez bien dormi ?
— Très bien, j’ai même rêvé à une colombe de mes relations.