— Ah ! Ah ! Et peut-on connaître le thème général de votre rêve ?
— Si je le racontais par téléphone, toutes les demoiselles des PTT donneraient leur démission et viendraient regarder de près comment c’est foutu, un type qui possède une pareille imagination.
— Sans blague !
— C’est comme je vous le dis !
Je l’entends rire, à l’autre bout. Son rire ressemble au bruit d’une source. Je me souviens avoir fait cette comparaison dans une composition française, et le prof m’avait balancé dix sur dix. Je l’imagine — pas le prof, mais Julia — avec son déshabillé qui doit être rose ou bleu. Il me semble que je tiens ses cheveux dans mes doigts et que je les fais couler sur mes mains comme de l’or en fusion. Une fille pareille, croyez-moi, c’est quelque chose. Et si vous pouviez vous en faire une idée précise où que vous soyez, vous prendriez l’avion pour Nice.
Nous échangeons des paroles définitives, lesquelles ne vous regardent pas. Enfin, je me décide à raccrocher après avoir fixé rendez-vous à la femme de ma vie à midi, car nous devons déjeuner ensemble.
Je ne m’inquiète pas outre mesure pour l’attentat de cette nuit. Il m’en faut davantage pour me faire perdre le nord.
Je finis de me harnacher et je sors de ma délicieuse chambrette en tenant ma boîte à chaussures sous le bras.
Maintenant, il faut que je vous dise que si vous pensez que je vais à la pêche sous-marine avec ma petite bombe à retardement sous le bras, vous vous trompez royalement.
Je descends à la caisse et je demande à parler au gérant. On me fait entrer dans un petit salon discret, avec des airs de conspirateurs, et on me conseille de me laisser glisser dans un fauteuil en attendant.