Un quart d’heure plus tard, le gérant s’amène, il a un sourire si mielleux qu’on est surpris de ne pas voir une douzaine de mouches posées dessus. En se frottant les mains, il me demande ce qu’il y a pour mon service.
— Monsieur, lui dis-je, j’ai roulé ma bosse aux quatre coins du monde. J’ai couché dans les plus baths hôtels d’Amérique comme dans les plus sales bouges d’Italie. J’ai vu des quantités de plumards : des rembourrés et des affaissés. J’ai trouvé dans ces lits une foule de bestioles et d’objets : des puces, des cafards, des punaises, des scorpions, des hannetons, des portefeuilles, des dentiers, des pistolets et d’autres choses que je j’oserai pas vous nommer parce que je suis poli, mais jamais, vous m’entendez ? jamais il ne m’est arrivé de découvrir une bombe dans mon pageot.
Ce disant, je couronne ma péroraison en ouvrant ma boîte à chaussures.
Il y penche son nez pointu et se met à contempler ma trouvaille avec les yeux d’une cigogne qui découvrirait un chauffe-bain dans son nid.
Il est évident que ce gentleman n’a jamais fait la guerre et qu’il s’y connaît autant en armes variées que moi en gynécologie.
— Co… comment, bégaye-t-il, vous avez trouvé ça…
— Dans mon lit, oui.
— Et c’était chargé ?
— Je l’ai désamorcé de mes mains.
— C’est inimaginable.