— Alors ?…
— Alors il allume une grosse chaudière de chauffage central… Il la pousse à fond et il brûle son cadavre humain… Il veille à ce que cette combustion soit parfaite, totale… Puis, lorsqu’il a fini cette sale besogne, lorsqu’il a bien vérifié les cendres, qu’il les a bien pilées, il brûle le cadavre du mouton sans y apporter autant de conscience, si j’ose employer un tel mot… Ce second corps brûlé n’est là qu’en trompe-l’œil… Si la police par hasard a vent de quelque chose, si elle s’inquiète de cette séance de « colombarium » à domicile, elle fera des prélèvements… Et que trouvera-t-on dans la chaudière ? Des vestiges de mouton… Et il y a quatre-vingt-dix chances sur cent pour que la police n’insiste pas… Brûler un mouton n’est pas un délit.
— Votre raisonnement se tient debout, admet-il…
— Je suis bien aise de vous l’entendre dire…
— Et vous voudriez que j’aille farfouiller dans les cendres de la chaudière avec vous ?
— Vous êtes suprêmement intelligent, docteur…
— Et comme ça urge, à cause de ce fameux départ imminent, vous aimeriez que nous y allions tout de suite ?
— Je passe vous prendre immédiatement, doc… Et si jamais je deviens ministre de l’Intérieur un jour, je vous ferai voter une médaille qui vous descendra jusqu’aux genoux !