Il est charmant, André. Il connaît un tas de choses et il vous en fait profiter. Le voyage jusqu’à Goussenville est un enchantement pour mes oreilles. Nous ne parlons pas de « l’affaire », mais d’un tas de trucs plus ou moins quelconques.
Comme je prends les virages à quatre-vingts il me dit :
— San-Antonio, pensez un peu à votre passager lorsque vous conduisez et dites-vous bien que la vitesse ne grise que celui qui la crée…
Et comme dans une ligne droite je franchis le cent vingt :
— Vous savez qu’à partir de cent à l’heure on parcourt vingt-huit mètres à la seconde ? Or il vous faut au moins vingt secondes pour vous arrêter… Supposez qu’un obstacle imprévisible se dresse à quelques mètres de vous ?
Je blague.
— Ah ! ça va, toubib ! Vous allez me dégoûter à tout jamais de la voiture si vous continuez !
— Je ne cherche pas à vous dégoûter de la voiture, assure-t-il, mais de la vitesse. Notre vie est tellement fragile que je trouve superflu d’augmenter les risques, vous comprenez ?
— Je comprends, doc…
— Surtout, fait-il, ne croyez pas que j’aie peur, car moi j’ai une Salmson avec laquelle je grimpe jusqu’à cent quarante au compteur !