— Je ferai des oiseaux sans tête, demain, promet-elle.
Elle sait que je n’aime pas Hector mais que je raffole des oiseaux sans tête…
— T’es un mec ! je lui affirme.
Et c’est vrai, croyez-moi, bande de noix ! Félicie, c’est quelqu’un…
Je vais sortir ma tire du petit garage au fond du jardin. Une manœuvre savante : je contourne la crèche, je file un coup de klaxon d’adieu et je fonce dans la rue…
La petite bonne d’à côté m’attend à l’extrémité de la localité. C’est une nouvelle, une souris qu’arrive de Bretagne. Comme dit un célèbre dramaturge de mes amis : « La morue, ça vient toujours de Bretagne… »
Elle est brunette et pas farouche. Je l’ai rambinée hier au bureau de tabac où elle venait acheter des timbres. Je lui ai dit qu’elle était jolie, que je l’entendais chanter depuis la fenêtre de ma chambre et que je n’avais jamais envisagé la plus belle fille du monde sous un autre aspect.
Ces salades, ça rend toujours avec les mistonnes du bas peuple. Avec les autres aussi, du reste. Une femme est une femme quelle que soit la nature de son soutien-gorge…
Elle a mis un petit tailleur noir acheté à Rennes ou à Saint-Brieuc, un chemisier rouge et des boucles d’oreilles dénichées dans une pochette-surprise. Ainsi loquée, la môme Taylor n’est pas sa cousine germaine !
Bref, c’est le genre de greluche au bras de laquelle on n’aimerait pas franchir la porte de l’ambassade d’Angleterre un soir de gala, mais qu’il fait bon suivre dans l’escalier d’un petit hôtel…