Je suis au volant de la guinde, mais je ne roule pas. Appuyé sur le disque de conduite, je réfléchis.
Higgins m’échappe. Il m’échappe en tant que personnage. Je n’arrive pas à comprendre ce qu’il est exactement. Il est fantomatique, impalpable… Chose curieuse, je ne le « sens » pas à travers les gens qui l’ont connu. Alexandre, le garagiste, n’a pas conservé un souvenir très vif, très marqué de lui. Et l’armateur non plus. Pourtant, bien qu’il s’agisse d’une vague relation d’affaires, il l’envoie se faire dépanner à son propre garage.
Il est en affaires avec lui, mais il n’a pas de nouvelles…
Comme tout cela est flou… Ça ressemble à ce putain de brouillard dans lequel tout se dilue, tout s’escamote.
Voilà un chouette titre pour un journaleux en délire : « Higgins, l’homme qui s’escamote… »
Je me tourne vers Grace qui assiste, muette et pourtant attentive, à mes cogitations.
— Si on allait vider un glass ? je suggère. Est-ce qu’à cette heure les troquets sont ouverts ?
Elle consulte sa montre.
— Oui…
— Eh bien ! voilà au moins une bonne chose d’acquise.