— Je le pense également, répondit-il.
— Bon, alors ouvrez grandes vos esgourdes (oreilles en français académique) et ne vous hâtez pas de me répondre… Si je suis venu seul ici, c’est parce que j’ai une idée derrière la tête et cette idée consiste en un marché que je vous propose…
— Tiens, tiens…
— Interjections non valables, je rigole. Attendez la suite. Je sais quel rôle vous avez joué dans cette histoire. J’ai trouvé une lettre que le grand au gilet de daim, vous savez, le Français ? a écrite à Martha. Dans cette lettre il parlait de vous…
Je ne précise pas qu’il se contentait de l’appeler « le vieux ».
« Cette bafouille, poursuis-je, je l’ai jointe au long rapport que j’ai écrit sur mon enquête. Le Yard serait très heureux de l’avoir. Il vous coûterait cher, ce rapport, Standley : très cher. N’oubliez pas que Martha Auburtin est morte empoisonnée. Elle était votre complice et vous, vous êtes marchand de poison, ce sont là deux considérations dont la police anglaise ne manquera pas de tenir compte, croyez-moi… Si bien que vous pourriez fort bien vous retrouver un matin avec deux mètres de chanvre noués autour du cou. Vous voyez ce que je veux dire ? J’ai vu pendre Emmanuel Rolle, c’est même pour l’assister que j’étais venu dans votre brumeux patelin ; eh bien ! ça n’a rien de folichon, parole de flic !
Il demeure immobile…
— Vous ne dites rien ? fais-je, histoire de l’asticoter…
Il hausse les épaules.
— Que répondrai-je à une histoire aussi stupide, aussi privée de sens pour moi ? Vous faites fausse route, monsieur le policier ; remettez ce rapport, cette lettre aux autorités d’ici qui agiront comme bon leur semblera…